Réduction de Risques

Réduction Des Risques en Prison

Alors que le nombre de personnes détenues consommant des drogues, y compris par injection, reste élevé, les dispositifs de réduction des risques peinent à se mettre en place en milieu carcéral, provoquant de graves  conséquences sanitaires. Les résultats d’une étude menée par l’équipe de recherche du SESSTIM en collaboration avec l’association AIDES auprès des injecteurs d’opiacés appuient la nécessité de rendre accessibles les dispositifs de RDR pour les consommateurs de substances en prison. 

L’étude

L’enquête PrébupIV, menée en 2015 auprès de 557 personnes qui injectaient des opiacés de manière régulière, montrait que 41% d’entre elles déclaraient avoir été incarcérées au cours de leur vie. Parmi ces personnes ayant déjà séjourné en prison, un tiers avait déjà injecté des produits en prison. Les résultats montrent également que les personnes ayant été incarcérées avaient plus de risque d’être infectées par le virus de  l’hépatite C (VHC). Ce risque était encore plus élevé chez ceux qui avaient injecté durant leur incarcération.

Cette situation vis-à-vis de l’hépatite C est préoccupante et peut être expliquée par le refus de mettre en place un accès au  matériel d’injection stérile pour les personnes détenues. Ainsi, les usagers doivent souvent faire avec les moyens du bord, soit en se procurant les seringues au parloir, soit en récupérant des seringues usagées dans les poubelles des infirmeries, soit en confectionnant des seringues « artisanales » à l’aide de stylos en cas de pénurie. Les pratiques d’échanges de seringues sont aussi plus importantes en prison, augmentant de fait le risque de transmission du VIH et du VHC. Aussi, l’accès au dépistage et aux traitements de l’hépatite C sont inégaux et fluctuent selon les établisse-ments. Ainsi, des traitements qui permettent une guérison complète de l’hépatite C ne sont pas mis à disposition de tous les détenus. 

Quelles solutions ?

Aujourd’hui, seule la distribution d’eau de javel est disponible afin de désinfecter le matériel d’injection. Ceci est largement  insuffisant et il est urgent de proposer des programmes d’échange de seringues (PES) en prison ainsi qu’un accès libre à tout le matériel d’injection et de consommation (pailles, pipes à crack… etc.). Cet accès au matériel permettrait de  limiter les pratiques qui engendrent les transmissions du VIH et du VHC mais aussi d’autres complications comme les  abcès et les poussières (fièvres soudaines qui surviennent à la suite d’une injection et possiblement causées par l’utilisation de matériel contaminé). 

Les traitements de substitution aux opiacés ont également fait leurs preuves en termes de réduction du risque de transmission  virale. En prison, méthadone, buprénorphine sont disponibles mais de façon disparate selon les établissements. L’état des lieux effectué lors de l’étude ANRS-PRI2DE¹ en 2009  a montré que certains établissements déclaraient ne pas  reconduire systématiquement les traitements de substitution aux opiacés à l’entrée en prison. 

De même, certains établissements n’initiaient jamais de  traitements de substitution pour les nouveaux arrivants. Enfin, des établissements déclaraient piler ou diluer ces  médicaments afin d’empêcher leur injection par les usagers. Il existe donc un besoin d’étendre ou de renforcer l’accès aux traitements de substitution aux opiacés dans le milieu carcéral.

Enfin, l’accès au dépistage du VIH et VHC tout au long de  l’incarcération, et pas seulement à l’entrée, permettrait de  détecter au plus tôt les personnes qui se contaminent en prison et ainsi leur proposer une prise en charge médicale adaptée.

L’espoir de la loi de Santé ?

En France, la loi de Santé de Janvier 2016 a marqué une avancée pour la reconnaissance des dispositifs de RDR y compris en milieu carcéral. Ainsi, l’article 41 stipule que « La politique de réduction des risques et des dommages s’applique également aux personnes détenues, selon des modalités adaptées au milieu carcéral ». Ces quelques mots, clôturant l’article, sont sujets à des interprétations variables et malheureusement bloquent considérablement sa mise en application. Principal frein à la distribution des seringues en prison, la crainte des surveillants quant à leur sécurité, les seringues pouvant être retournées contre eux. Cependant, dans les programmes évalués à l’étranger, aucun cas d’usage de seringue comme arme n’est à déplorer. C’est ainsi à l’étranger que les exemples sont les plus probants.

Le premier programme d’échange de seringues en prison a ainsi été mis en place en Suisse en 1992 et depuis, de nombreux pays ont suivi (Allemagne, Espagne, Moldavie, Luxembourg… etc.). Les évaluations de ces programmes ont montré une diminution ou un maintien des niveaux de consommation ainsi qu’une forte diminution du partage de seringues². Alors que le Canada a annoncé récemment la mise en place du premier PES dans une prison nord-américaine, le chemin semble encore long pour qu’en France, l’accès aux soins et à la RDR soit équitable entre détenus et population générale.

Salim Mezaache, chercheur doctorant, SESSTIM & ORS PACA.

¹ Michel L, Jauffret-Roustide M, Blanche J, Maguet O, Calderon C, Cohen J, et al. Limited access to HIV prevention in French prisons (ANRS-PRI2DE): implications for public health and drug policy. BMC Public Health. 2011 May 27;11:400.

² Dolan K, Rutter S, Wodak AD. Prison-based syringe exchange programmes: a review of international research and development. Addiction. 2003 Feb;98(2):153–8.

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