RDRD et hygiène des mains

Quel intérêt des solutions hydroalcooliques comme outil de réduction des risques pour les personnes qui injectent des drogues ?

L’injection intraveineuse est un processus complexe qui demande à la fois un certain apprentissage et des conditions optimales de réalisation. Le non-respect de certaines règles d’hygiène peut être à l’origine d’infections et de graves complications. Ainsi, les abcès et autres infections de la peau sont souvent négligés mais représentent une des causes principales de passage aux urgences et d’hospitalisation chez les personnes qui injectent des drogues. En absence de soins adaptés, ces infections locales de la peau peuvent se propager à d’autres endroits du corps lorsque les microbes pénètrent dans la circulation sanguine, et se loger dans le cœur, les articulations ou les os.

Des biologistes ont analysé la provenance des bactéries présentes dans ces abcès et ont montré que la plupart étaient également présentes sur la peau et dans la bouche des usagers. Ces résultats permettent d’identifier trois pratiques à risque : le léchage de l’aiguille ou du point d’injection avant l’injection, le manque de désinfection du point d’injection et le manque d’hygiène des mains. L’utilisation de matériel stérile à chaque injection reste également recommandée pour réduire les risques.

Les mains étant porteuses de nombreux microbes, quelles sont les méthodes pour réduire les risques de contamination ? La première est le lavage des mains à l’eau et au savon qui agit mécaniquement pour éliminer les souillures visibles et invisibles de la peau. Ce lavage n’a pas d’action désinfectante et ne permet donc pas d’éliminer efficacement les bactéries des mains. La seconde méthode est celle recommandée dans les milieux de soins à savoir le lavage des mains à l’aide d’une solution hydroalcoolique (SHA). L’alcool étant un puissant antiseptique, il permet, lorsque qu’il est présent en concentration suffisante, d’éliminer efficacement les bactéries et les virus. Les lingettes imprégnées à l’alcool ou à la chlorhexidine sont parfois utilisées pour la désinfection des mains. Cependant, leur efficacité dans cet usage n’est pas optimale et il est conseillé de réserver leur usage à la désinfection du point d’injection.

La technique de friction avec les SHA est nécessaire pour garantir leur efficacité. En milieu de soins, 7 étapes sont recommandées afin de désinfecter entièrement les mains. Cependant, ces étapes peuvent être difficiles à retenir, c’est pourquoi les spécialistes de l’hygiène hospitalière tentent de les simplifier tout en garantissant leur efficacité. Ainsi, la méthode du fingertips first (le bout des doigts en premier) a été développée. Il s’agit d’insister en premier lieu sur la friction du bout des doigts car ce sont eux qui sont la plupart du temps responsables de contamination (voir figure 1).

Les SHA sont disponibles en vente libre en pharmacie ou en grande surface, cependant leur prix peut être prohibitif pour certains usagers. Quelques associations de réduction des risques et CAARUD distribuent également cet outil aux usagers. Cependant aucune étude scientifique n’a été menée pour évaluer l’acceptabilité et l’efficacité des SHA comme outil de réduction des risques chez les personnes qui injectent des drogues.

Figure 1 : Technique de friction hydroalcoolique simplifiée.

Pour répondre à ces questions, l’étude ACCSOLU a été proposée par l’équipe de recherche du SESSTIM, en collaboration avec 4 structures de réduction des risques (Nouvelle Aube, CAARUD Camargue, Aides Béziers et ASUD Nîmes), avec le soutien d’Apothicom (Stéribox®, Stérifilt®). L’objectif général de cette étude est d’évaluer dans quelle mesure une SHA en conditionnement monodose, accompagnée d’une intervention éducative brève, est acceptée chez des personnes qui injectent régulièrement des drogues. Au total, 60 usagers ont accepté de participer à cette étude et de tester la SHA durant 6 semaines. A ce jour, le suivi est en cours et les résultats sont attendus en début d’année 2020. S’ils sont positifs, les résultats de cette étude permettront de fournir des arguments scientifiques en vue d’une mise à disposition des SHA comme outil de réduction des risques.

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