Lounapo, l’accès à la navigation pour tous !

Entretiens avec Mathilde, Bastien, Pierre et Ted autour de l’association Lounapo, réalisés le dimanche 22 juin 2018 à l’Estaque où se tenait un événement de découverte et de soutien aux différentes actions de l’association. Le condensé présenté ici a été conçu à partir d’extraits de ces 4 entretiens que vous pouvez retrouver dans leur intégralité sur le site de Sang d’Encre : sangdencre.nouvelleaube.org.

J : Ça veut dire quoi LOUNAPO?

M : C’est « L’OUvroir aux NAvigations Possibles »…

J : Et comment a commencé l’aventure ?

B : ALORS LOUNAPO ÇA DEMARRE AVEC CE BATEAU, qui était le bateau d’un pote à moi, et j’en ai discuté avec, et il me dit qu’il veut le vendre, et j’en discute avec Isa et Manu qui voient les images euh les photos que Yves nous a envoyées et ils tombent un peu amoureux de cette ligne, de ce bateau qui a pas n’importe quelle ligne. Et puis moi (…) je suis arrivé à Lounapo au moment de créer l’association. Donc voilà je connaissais déjà un peu ce réseau de personnes et c’est comme ça que ça s’est mis en place.

J : (…) Lounapo, les intentions de fond ?

P : (…) C’ETAIT QU’ON AIT ENVIE DE FAIRE DES CHOSES COLLECTIVEMENT sur des bases qui refusaient, qui se protégeaient de toutes formes d’organisations qui portaient en elles des dominations, des discriminations, voilà quelque chose comme ça. L’autoritarisme en fait, on voulait faire très attention à ça, voilà ! On voulait se dire : on peut faire un projet associatif dont la forme est belle, autour d’un objet qui est simple, faire de la voile à Marseille tous ensemble en se mélangeant, plutôt en privilégiant les gens qui ont pas de thunes en fait, parce que sinon les autres s’ils veulent ils peuvent se payer du bateau.

(…) FINALEMENT DANS TOUT ÇA C’EST QU’ON VEUT ETRE CINQUANTE AUTOUR D’UN BATEAU parce que si t’es un, deux ou quatre c’est la mort, t’es tout seul, ça coûte un fric fou, c’est sous-employer le bateau, voilà finalement ça confisque un bateau d’acheter un bateau, alors que quand tu l’achètes à cinquante, tout d’un coup oui ça fait sens, parce que tout le monde peut en profiter. Il va sortir, il va vieillir, on va le réparer, il va repartir, nanani nanana, et y a un groupe autour c’est passionnant.

(…) ON VOULAIT PAS PARLER DE PROJET ON VOULAIT PARLER DE DESIR. T’as un désir voilà t’as envie d’aller faire ceci cela et du coup y a eu dès le départ plein d’idées qui sont sorties, et petit à petit ces idées elles se sont mises en place. Donc les idées c’est simple : y a des gens qui veulent sortir avec un thème dans la journée pour faire de la voile, tiens voilà on va chanter en mer, pêcher en mer, se baigner en mer, faire de la voile en mer, mouiller dans les calanques en mer, ça c’est un désir simple bon, ça c’est possible. Qu’est-ce qui a eu d’autre ? Y a eu des gens qui ont voulu se former, en savoir plus, s’embarquer pour quelques jours, ceux qui avaient vraiment envie d’apprendre ben y a eu une place pour eux, une place pour les ados, pour les enfants, y a eu une place pour les gens de Sol En Si, les femmes de Sol En Si.

J : Pouvez-vous nous parler de votre rencontre avec Lounapo ?

M : Alors moi, en fait, je suis arrivée à Marseille l’été dernier (…) avec pour projet d’ouvrir une librairie, mais le choix de la ville pour monter ce projet, le choix de Marseille c’est aussi beaucoup parce qu’il y a la mer, et que j’avais envie de naviguer (…) En fait, découvrir que tu peux naviguer autrement et que tu peux faire de la voile et donner à tout ça un sens politique, que ce soit dans la pratique ou dans les projets qui peuvent se monter autour d’un bateau, je trouve ça hyper bien. En fait je savais même pas qu’il existait un milieu de la voile militant et c’était hyper chouette de découvrir ça quoi ! Et encore une fois de donner un sens à quelque chose que toi tu peux faire pour le plaisir, mais d’arriver à ce que ce soit une action qui porte, même si c’est pas révolutionnaire, je trouve ça important.

T : Ben moi j’ai fait une formation à la voile, pour sortir avec le bateau Lounapo quoi (…) On est allés en Italie, on a pas mal circulé en Italie, on était restés un mois et demi un truc comme ça. Après on a bougé aux alentours de Marseille, la Camargue tout ça quoi. Et après, là cette année, on est allés jusqu’en Tunisie. (…) Je voulais apprendre à naviguer, ça faisait un moment que je voulais le faire déjà, j’ai jamais eu trop l’occasion et là ça s’est présenté, voilà (…).

B : Je recollais un peu à la voile, j’ai eu un traumatisme à seize ans, qui a fait que pendant vingt ans je suis pas remonté du tout sur un bateau, et j’ai recommencé à faire un peu de bateau quand je suis revenu à Marseille, y a une dizaine d’années, avec les potes avec qui j’étais en coloc, ils avaient une petite barquette, un pointu marseillais (…) et voilà de fil en aiguille j’ai remis le pied à l’étrier et ça s’est construit progressivement. Ma première navigation c’était avec le bateau de Christine, qui est une active de Lounapo. Et donc avec Isa et Christine on est allés en Corse naviguer, c’était un cadre très bien pour moi, aussi elles touchaient bien au bateau, Isa était skippeuse, Christine elle avait vécu deux ans sur un bateau…

… C’est y a six ou sept ans, et puis des p’tites navigations comme ça, et puis de plus en plus avec l’Albatros 2, jusqu’à l’année dernière où j’ai pu me faire financer par L’AFDAS (Assurance Formation Des Activités du Spectacle) en tant qu’intermittent du spectacle, une formation de monitorat de voile. Du coup je suis parti à Paimpol (Bretagne) pendant quatre mois et demi, pour me former…

(…) De là, le fait d’avoir pris la responsabilité du bateau dans certains trajets comme dans le voyage en Tunisie, tu te rends bien compte que, en tout cas pour moi, y avait des trucs y a deux ans, quand on partait en nav’ même si j’étais super actif et essayais d’être à tous les endroits en même temps y avait des trucs je savais même pas que ça s’était fait par la personne qui était responsable au moment où on naviguait. Donc y a vraiment un tas de trucs à gérer, à anticiper, parce qu’on sait bien qu’en navigation le premier mot c’est l’anticipation !

J : Quelles sont « les actions » que mène Lounapo ?

M : LOUNAPO FAIT DES PETITS ET DES GRANDS PROJETS. Lounapo propose des sorties à la journée, de deux jours dans la rade de Marseille avec des gens qui n’ont pas forcément l’occasion de naviguer. Là, dernièrement on est sorti avec des compagnons d’Emmaüs et puis y a une sortie qui s’est organisée avec des gens du collectif El Manba, ou la semaine prochaine y a une classe d’un collège de la Belle De Mai qui va faire des sorties toute la semaine. Et après y a aussi des plus gros projets qui se montent, par exemple pour aller faire des tournées de projections sur les rives méditerranéennes ou plus récemment pour aller faire des ateliers de sécurité en mer en Tunisie.

J : (…) Concernant l’organisation des PROJECTIONS NOMADES ?

P : (…) ça a commencé avec quelqu’un qui a dit « moi j’aimerais me promener dans les ports de Méditerranée, d’Italie et cætera, en projetant des films sur les migrants », tout un tas de petits courts-métrages, une série de je sais pas dix courts-métrages de cinq minutes pour expliquer ce que sont les frontières, les migrants, comment ça se passe et leurs problématiques mais d’un point de vue bienveillant envers les migrants. Et du coup y a eu des gens avec une énergie pas possible, des gens qui ont fait, qui ont traduit des films, fait des sous-titrages, monté des écrans, programmé des bateaux, et le bateau est parti pendant un mois ou deux avec un écran-vidéo, ils ont parfois projeté sur une plage quelque chose comme ça à l’arrache, c’était à l’arrache total quoi.

J : Et concernant le VOYAGE EN TUNISIE (…) ?

T : Ben j’ai rencontré plein de gens intéressants. (…) Y a un film qui s’est tourné aussi… sur notre voyage… et des images tournées sur le hip-hop à Tunis, des interviews, donc j’ai aidé pour ça… Après tout ce qui est politisé, là tu vois, (…) c’est pas mon truc… c’est surtout apprendre le bateau quoi qui m’intéresse. Après militer OK, c’est des bonnes causes qu’ils ont (Lounapo), mais moi la politique c’est pas mon truc quoi… de toute façon je me projette avec eux, mais j’ai pas la patience d’écouter tout le bordel tu vois…

M : Moi j’ai participé juste à la première partie, la traversée, voilà, donc je peux parler de cette traversée. C’était ma première traversée, (…) c’était hyper fort comme expérience. Ce que j’en retiens c’est surtout l’expérience du collectif. Déjà toutes les expériences du collectif sont assez fortes mais dans un huis-clos, un bateau, dans un espace hyper restreint et dans une « intranquillité » perpétuelle parce qu’en fait en bateau t’es tout le temps « intranquille » et en même temps cet espace-temps hyper particulier que donne la navigation, où déjà tes repères géographiques ils changent complètement, et même les repères de temps en fait, le temps il passe pas de la même manière, enfin je sais pas trop comment expliquer, (…) à la fois il est ralenti, à la fois t’es hors de tes repères, c’est surtout une rupture avec le quotidien qui est énorme quoi. On le ressent quand on revient à la terre, c’est difficile de reprendre pied, et ça demande un moment de réadaptation. On était huit, et on a traversé par la Corse, après on est passés par les Bouches de Bonifacio, on est passés par les îles de la Maddalena au nord de la Sardaigne, ensuite on a descendu la Sardaigne jusqu’à Cagliari. On est restés un peu à Cagliari pour attendre la bonne météo pour traverser, puis on a tracé jusqu’à Bizerte. C’était une traversée qui était pas toujours de tout repos. Déjà on est partis sous la neige un 21 mars de Marseille, avec une vraie neige. Ensuite, on a eu quelques avaries (dommages sur le bateau), on a eu une grosse avarie au milieu de la traversée vers la Corse, c’est l’étai avant (câble qui tient le mât vers l’avant) qui nous a lâchés, donc qui tenait la voile avant qui a sauté, pendant qu’on était dans cinq nœuds de houle, et que tout l’équipage était HS sauf le skipper (chef de bord). Et puis après à Cagliari on a pris un gros carton dans le port de Cagliari alors qu’on était au port. Y a eu une petite tempête, qui est rentrée directement dans le port, on était sur le ponton, le ponton s’est décroché, on était à côté d’une digue donc c’était un peu le stress.

(…) Y AVAIT UN SENS A CETTE TRAVERSEE ! On est pas partis pour faire des ronds dans l’eau, on était partis pour amener le bateau, on était attendus en Tunisie, y avait ces ateliers qu’on avait passé du temps à travailler, à construire en amont qui allaient se faire là-bas.

(…) AU DEBUT C’ETAIT DES ATELIERS METEO, EN FAIT C’EST PLUS DEVENU DES ATELIERS DE SECURITE EN MER, pendant lesquels on essaie de transmettre notre plus ou moins grande expérience de marins à des gens qui n’ont pas l’habitude de la mer, pour essayer de leur transmettre ce qui est nécessaire, dans la mesure du possible, à assurer leur sécurité pendant une traversée. Ça va de ce qu’il faut mettre dans son sac-à-dos quand on est en mer à comment essayer d’éviter le mal de mer et à comment utiliser des outils de navigation plus ou moins sommaires, en fonction de ce qu’on a, et aussi de pouvoir regarder la météo avant de partir, et comprendre à quels moments c’est bien de traverser… Et c’est hyper intéressant, parce que moi dans la construction de ces ateliers, je navigue pas beaucoup j’ai pas une grande expérience de tout ça, ben on a beaucoup appris, moi j’ai beaucoup appris dans l’élaboration de ces ateliers. Ça t’oblige à questionner ce que tu vas transmettre de manière assez simple et ça remet vachement en question… sur place ça allait se reconfigurer au fil des rencontres, et des interactions.

B : (…) FORMER DES GENS QUI SONT SUR PLACE POUR QU’EUX-MEMES PUISSENT CONTINUER A TRANSMETTRE même s’ils ont pas une formation euh de navigateur, parce que les premières choses qu’on essaie de transmettre elles relèvent peut-être pas tant de la navigation que du bon sens, encore faut-il savoir qu’elle est le bon sens quand on est en mer, c’est un apprentissage. Exemple typique quoi, auquel on a été confrontés, c’est le briquet, le briquet qui est amené pour traverser avec une bouteille d’eau et un t-shirt et (…) ils pensent qu’ils vont être vus en allumant le briquet en pleine mer. Voilà typiquement c’est un truc, si tu connais pas la mer, tu peux te dire qu’avec un briquet on va te voir. Dans une embarcation à cinquante centimètres du sol ça ne se voit pas du tout.

M : Y A UNE BROCHURE QUI EST EN COURS DE REALISATION, ENFIN UN OUTIL QUI POURRAIT ETRE DIFFUSE PLUS LARGEMENT… Elle a pas de nom je crois (rire), mais elle est pas finie encore. Donc ça c’était quand même la motivation principale.

J : Et toi Pierre tu as fait partie du voyage en Tunisie?

P : MOI JE SUIS PLUTOT SUR LES SORTIES PECHE ET LES SORTIES BAIGNADE, SORTIES CRIQUES, SORTIES VOILE, FORMATION, j’ai formé, voilà. J’ai donné beaucoup de temps. Mais j’ai été au chômage aussi, skipper au chômage, pas besoin d’argent, j’ai fait de la voile à fond mais là maintenant je travaille par exemple donc j’ai réduit mes engagements concrets dans l’association quoi !… Parce que j’ai pas le temps de naviguer quoi, tout bêtement parce que je donne toute ma force de travail à une multinationale, c’est pas pour ça que je suis bien payé, c’est la mort !

(…) j’ai eu une petite déprime, mais maintenant ça va mieux et je me dis que je vais donner ma dém’ et que je vais retrouver ma liberté (rire).

Entretiens et montage réalisés par Jihane El Meddeb et Sophie Desrousseaux.


CARNET DE VOYAGES

Extraits de mails envoyés par les différents équipages de Lounapo durant les navigations :

Christine Karmann, 8 août 2016 à 09:08

Bonjour à tous-tes, 

Après quelques déboires motoresques et quelques heures de mécanique au large dans la pétole, la dernière réparation de fortune tient bon. Escale matinale à Nice jeudi pour déposer Camille, chercher une nouvelle pompe de gasoil qu’ils n’avaient pas, puis cap sur l’Italie. Au port de Bordighera l’accueil fut très sympathique. Pas de place en arrivant, mais après leur avoir expliqué notre projet de projection, une place a été trouvée ainsi que l’autorisation  du capitaine du port de se mettre à couple du quai principal le soir pour projeter. Nous avons fait un mini tour de la ville pour diffuser l’info, et tout installer. Les quelques spectateurs du court-métrage « Bon voyage » (plaisanciers, habitants et le libraire du coin) puis du documentaire « Como un uomo sulla terra » étaient très contents et nous ont encouragés à continuer, à communiquer davantage pour que plus de monde soit informé.  On a trouvé un film qu’on cherchait, « Io sono con la sposa ». Le libraire du village (présent à notre projection et bien intéressé par notre projet) l’avait en stock. Pour différentes raisons, on a décidé de ne pas aller à Vintimille, où les derniers jours étaient très tendus et violents. Mais plutôt d’essayer de porter un message dans les ports. Hier on est venus à Imperia. Après quelques heures de prises de tête au port de plaisance où la simple question de savoir si on pouvait avoir une place le long du quai pour projeter un film a pris des proportions bureaucratiques d’autorisations complètement kafkaïennes, on s’est barrés au port de commerce où on n’a rien demandé et tout installé sans que personne ne vienne nous demander quoi que ce soit. C’était pas le contexte pour une proj’ de film long car il y avait un concert plus loin et la fête foraine, mais des passant.e.s s’arrêtaient pour regarder les courts-métrages. On apprend, on affinera. Manu est arrivé hier soir, Aurore et Javotte ont débarqué, on met le cap sur Livorno pour retrouver Chiara et Lisa et continuer l’aventure des proiezioni migranti !

Bises de tout le monde, à bientôt…

Christine Karmann, 21 avr. 2017 à 13:05

Bonjour, je me permets de diffuser deux déclarations d’Alarmphone sur la liste Lounapo puisque notre bateau sert d’image de comm’ 😉 Pour info, 8360 sauvetages en Méditerranée le week-end dernier, à diffuser puisqu’en France on ne parle plus que d’élections (ou des Champs Elysées…)

Des bises, et à dimanche !

Christine

Bidibidip, 12 juin 2017 à 16:21

Jeudi 22 juin le Bord’ Elles et le Planning Familial 13 vous invitent à une soirée projection de VESSEL de Diana Whitten. Le film Vessel raconte l’aventure des militantes de Women on Waves qui offrent des avortements et de l’information à celles qui n’y ont pas accès depuis un bateau naviguant en eaux internationales. Soirée en soutien à l’association Lounapo qui a pour vocation d’organiser des actions collectives autour de la mer et de la voile. Pour financer la nouvelle grande voile d’Albatros II et les différentes activités de l’association.

Accueil dès 18h30 autour d’un apéro et infokiosk. 19h30 : film suivi d’un repas à prix libre.

Samuel Rivers-Moore, 14 avr. 2018  à 02:30

Salut à toutes et à tous!

Voici quelques nouvelles fraîches de l’Albatros 2 et de son équipage depuis que le bateau est arrivé en Tunisie. On est là depuis seulement une dizaine de jours mais on a l’impression que le temps est passé à une vitesse folle. Le bateau est arrivé à Bizerte le 2 au soir pour changer d’équipage avant de continuer sa route vers le sud. Petite anecdote, dans la marina de cette petite ville côtière située à 1h de Tunis, nous avons eu la surprise et le plaisir de croiser le Rana, voilier appartenant à l’AJD qui est une asso que Lounapo connaît bien. L’occasion de papoter un peu avec l’équipe de bord, qu’on espère recroiser bientôt à Marseille.

Le 4 nous avons mis les voiles en direction du Cap Bon, puis Hammamet pour récupérer Manu, avant de continuer notre route dans la foulée vers Zarzis, au sud de la Tunisie.

Le trajet a duré 4 jours durant lesquels les nuits quarts se sont enchainées. Il y a parfois des moments de grâce absolue : plancton phosphorescent qui donne l’impression que les remous sont chargés d’électricité statique, ciel constellé comme jamais avec étoiles filantes en pagaille, plateformes pétrolières illuminées croisées au loin, et bien sûr visites de dauphins qui font toujours plaisir.

À bord, on tient à 8 personnes dans 15 m² et un confort spartiate et la bonne humeur reste étonnamment de mise, même si tout le monde n’est pas complètement amariné, surtout quand le bateau prend des airs de machine à laver en mode essorage pendant les nuits à avancer au près à plus de 7 nœuds.

Au passage, pour pallier l’absence de douches à bord et dans la plupart des ports où on s’arrête, on va au hammam quand on en a l’occasion : c’est plutôt cool comme alternative ! Arrivée (avec les dauphins) à Zarzis samedi 7 à midi, juste à temps pour le début des rencontres auxquelles nous étions invité.e.s. On y retrouve une bonne trentaine de personnes dont certaines têtes ne sont pas inconnues. Les rencontres ont été organisées par Alarmphone Tunis et rassemblent différents collectifs pour discuter de la situation migratoire en Tunisie et plus spécifiquement dans cette ville qui se trouve à 80 km de la frontière libyenne. Parmi les participants il y a des militants d’Alarmphone venus du Maroc et de Suisse ; 4 avocats militants algériens ; une compagnie de théâtre forum de Tunis qui travaille sur la haraga (exil des jeunes tunisiens) ; des représentants de deux orgas panafricanistes de jeunes travailleurs venus de pays subsahariens et vivant en Tunisie ; un collectif de pécheurs de Zarzis, très investi dans le sauvetage de personnes en détresse et dans le refoulement du C-Star (bateau fasciste) l’été dernier ; et puis nous, invité.e.s à animer un atelier sur le thème de la sécurité en mer même si on est pas sûrs d’être des experts à ce sujet. Tout ce beau monde a pris beaucoup de plaisir à se rencontrer. Le week-end fut dense émotionnellement et très riche en apprentissage, débats, témoignages, remises en question et points de connexions.

Nous avons clôturé ces 3 jours intenses par une manifestation de bateaux à l’intérieur du port de pêche, pour réclamer l’ouverture des frontières, dénoncer l’injustice du système des visas, la criminalisation des secours et plus généralement la mort absurde et massive de personnes aux portes de l’Europe. Nous sommes fiers d’avoir pu y participer avec Albatros 2.

Après la fin des rencontres nous sommes restés 2 jours de plus à Zarzis pour se poser un peu après ces 3 semaines intenses (pour celles et ceux qui sont sur le bateau depuis Marseille). C’est une ville qui ne paie pas de mine, pas très riche et peu touristique, mais on a beaucoup aimé s’y promener et la grande majorité des personnes que nous avons rencontrées s’est montrée extrêmement sympathique et bienveillante.

Actuellement nous sommes en train de remonter vers Tunis pour notre dernière semaine avant de mettre le cap sur la Sicile. À Tunis, nous allons retrouver une partie des personnes qu’on a rencontrées à Zarzis pour réfléchir à de potentiels projets futurs. On va aussi très probablement animer un nouvel atelier de sécurité en mer !

À très bientôt pour vous raconter la suite !

Benoit Guillaume, 17 avr. 2018 à 12:55

Voici quelques dessins. En plusieurs mails. Une photo du cheval de Zarzis. Des barreurs et une barreuse, un coucher de soleil, une chorale d’enfants pro-Palestine, la teuf dans le bus avec les activistes du Maghreb – il faut imaginer la bonne musique dessus – un cargo, les grosses déferlantes qui nous ont empêchés de sortir, une épave, les chantiers de dingue de bateaux, des tentatives de pêche par temps de pétole !

Des bises du Cap Bon.

Mathilde O., 24 mai 2018 à 15:48

Bonjour à tou-te-s,

L’Albatros est rentré le samedi 12 mai dernier d’un périple de plus de 2000 milles entre Marseille, la Tunisie et la Sicile. Durant 53 jours, de multiples changements d’équipage ont fait se relayer à bord une vingtaine de personnes. Aux jours de navigation ont succédé les rencontres, les échanges et les actions, en Tunisie d’abord, puis à Palerme. Pour fêter ce retour, on vous propose de se retrouver le dimanche 17 juin, à l’espace Mistral à l’Estaque. Au programme : spectacle sur les femmes pirates, projections embarquées, sardinade et sans doute d’autres surprises. Ce sera bien sûr l’occasion de revenir sur le pourquoi de ce voyage, et de tenter d’en faire le récit, par la voix, la vidéo ou le dessin. La journée est encore à imaginer et organiser. Pour celles et ceux qui seraient disponibles et motivés pour participer à l’organisation, on se retrouve le mardi 29 mai à 19 h, à la librairie L’Hydre aux mille têtes (96 rue Saint Savournin). Venez !

Mathilde

Benoit Guillaume, 11 juin 2018 à 11:04

Bonjour à tous, 

L’Albatros II et LOUNAPO seront à l’espace Mistral à l’Estaque dimanche prochain, 17 juin, pour l’après-midi. L’occasion de faire un retour sur les presque deux mois, 2000 milles, de ce périple de printemps jusqu’en Tunisie, en passant par la Sicile et la Corse. On essaiera d’en faire le récit par la voix, par  l’image, filmée, dessinée, ainsi que : à partir de 13 h : sardinade et autres légumes grillés.

16 h : spectacle LA RANÇON DES MERS, concert marionnettes de et avec Sophie Laffont, Sophie Guyot et Chiara Caruso. Un récit comique et musical sur l’histoire des pirates et piratesses. 

18 h : DANS QUEL ETAT D’URGENCE TU M’AS MISE ? Improvisation pour l’occasion par Wernera Veranda, clown bouffon, Cie Alerte Rouge. A dimanche ! Faites tourner !

Benoit

Gravure Jihane

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