Le Geste qui Sauve

Solution hydro alcoolique : un nouvel outil de prévention

ous ne le savez peut-être pas, mais la plupart des abcès et des infections des injecteurs de drogue viennent de l’usager lui-même : sa peau, sa bouche, et surtout ses mains sont plein de microbes, et ce sont eux qui pénètrent dans l’organisme à l’occasion de l’injection. En finir avec les abcès, c’est d‘abord se laver les mains. Sauf que c’est rarement possible au moment du taquet : pas de robinet à proximité, pas le temps d’attendre, pas le temps de se sécher…  

Vous ne le savez peut-être pas non plus, mais une innovation a changé la vie des hôpitaux, des médecins et des infirmières, c’est la solution hydro alcoolique (appelé aussi « le SHA »). Il décontamine les mains rapidement et efficacement. Il a diminué considérablement, depuis vingt ans, le nombre de maladies contractées à l’occasion des soins. L’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) a adopté la méthode mise au point à Genève par le Professeur Pittet, l’inventeur du SHA.

Pourquoi ne pas l’utiliser dans la préparation de l’injection de drogue ? Les usagers trouveraient-ils la méthode acceptable ? C’est la question qu’ont posée à Nouvelle Aube des chercheurs de Marseille (Inserm) et les inventeurs du « Stéribox » (Apothicom)

Certains obstacles restaient à vaincre pour trouver le bon outil de prévention : que fallait-il pour que la solution fasse effet en moins de 30 secondes ? Peut-on trouver une méthode plus simple que celle – officielle – de l’OMS ?  Peut-on élaborer une capsule que l’on puisse glisser dans la poche ? Quel volume de gel fallait-il ? Clairement, il fallait mettre au point un outil spécifique dédié à l’usage de drogue. Le parti a été pris de rencontrer directement, à Genève, l’inventeur de la solution hydro alcoolique.

C’est ainsi que le Professeur Pittet nous a reçus en décembre 2016. A la base du projet il y a Elliot Imbert d’APOTHICOM (Fonds de recherche et de prévention Apothicom) ; Salim Mezaache, pharmacien épidémiologiste a représenté l’INSERM de Marseille. A ce stade de la réflexion il était important que l’autosupport soit présent à cette première rencontre ; j’y ai représenté NOUVELLE AUBE. Un cahier des charges a été élaboré, les règles d’asepsie énoncées par l’équipe de Genève à partir des pratiques de terrain que nous connaissons. La chronologie des gestes de l’injection a été précisément étudiée. La  mise au point du produit s’est  faite dans la foulée.  Une méthode simplifiée a été adoptée : la méthode « le bout des doigts d’abord » (« Fingertips first »). Cette méthode avait montré, en 2015, qu’elle était au moins aussi efficace que la méthode officielle.

Des prototypes de capsules monodoses à usage unique ont été fabriquées. A Nouvelle Aube, nous les avons testées pendant plusieurs semaines auprès d’une quinzaine d’usagers en tant que « groupe-expert », sous la conduite de l’Inserm.

Il s’agissait de savoir si les usagers l’utilisaient, et si, au bout de 45 jours, certains des usagers avaient adopté les gestes du nouvel outil de prévention.  Le retour des usagers volontaires pour tester la solution hydro alcoolique dans le cadre de l’injection fut très positif !! L’expérimentation est aujourd’hui terminée et nous attendons les résultats finaux de l’évaluation menée par l’équipe de recherche de l’Inserm. Maintenant en rue, en squats, lors de nos maraudes, quand on nous demande du matériel stérile, 1 tiers des usagers (depuis le « groupe-expert ») nous demande du SHA. Le seul retour négatif entendu : « quand on a un ou des abcès, ça pique !! » Sinon nous en faisons la promotion et rarement le public n’adhère pas. Même au contraire, le bouche-à-oreille se faisant, le SHA devient un incontournable outil de l’injection en rue, squats, véhicules, extérieurs… et même pour les injecteurs possédant un appartement. Signe que la Réduction Des Risques a besoin de nouveaux outils et que le public adhère !!!… ça serait idéal d’en trouver dans les Steribox nouvelle génération !!

Julien, Nouvelle Aube

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