ATTILA

Récit de vie [striknin].

Rafik Majzoub

Demain il va encore monter au front.
C’est la guerre à chaque fois ; faire une percée dans mon esprit. Champ de bataille avec de nombreuses pertes. Zones orageuses.
Il a des allures diverses. Un jour grand Chef de guerre, Monstre à écailles, un autre Diable cornu ou encore Super Héros à la Juda ; et il faut bien reconnaître que sa force est redoutable !
Alors je me suis fabriqué un casque pour ne pas qu’il sorte car je comptais :
1) l’apprivoiser car j’ai décidé que je serai la plus forte et que c’est moi qui aurait la télécommande en ma possession, et 2) empêcher d’autres trucs de ce style de m’attaquer.
Donc me suis laissé pousser la frange en guise de protection car il ne s’agissait pas que ce machin se barre car il aurait tout emmené, et hors de question qu’il embarque dans ses griffes mes souvenirs actes passés aussi douloureux ou heureux soient-ils.
Et puis après son départ ? Que resterait-il ?
UN TROU ?!
De plus il ne me prendra jamais Lulu. Il l’a déjà ici en partie. Qu’il me laisse décider qui, quoi ou comment j’apprivoise et du temps nécessaire pour le faire correctement et avec quoi je vais combler certains trous car je suis en plein tri.
Et puis c’est moi qui décide !
Et puis c’est un Monstre qui vit par moi, au travers de moi. Partir serait une folie pour lui comme pour moi ! Dissociation en tout genre…Il fait partie de moi depuis toujours. On s’appartient !
Allons prenons un “verre” par exemple. Essayons de discuter, avec un Autre bienveillant qui pourrait nous aider quand le mur de l’incompréhension surgit violemment, et que le truc se met à remuer salement et parler en poubelle.
Le problème c’est que c’est un Malin. Il va se cacher un peu partout et il adore également le coin du cœur, là où ça fait très très mal. Il peut aussi se démultiplier, ce qu’il fait d’ailleurs régulièrement. Parfois fantôme en pleine scène de théâtre, chevalier en plein combat, sur un terrain de jeu pour enfants, joue à cache-cache… Il s’amuse, rit, se gausse de ma peur, de mes larmes…
Alors avec une figure d’Ange, ATTILA me propose un calmant pour pouvoir continuer à agir mais en catimini : 1 bière puis 2, 3, 4…ou autre, jusqu’à parvenir parfois à me transformer moi-même en Monstre, à me faire hurler, (me) taper, pleurer…
Me faire du mal au point de perdre encore des bouts de moi, de ma vie…
Mais j’ai assez perdu et aujourd’hui ça fait quelques temps que je ne prends presque plus ses calmants, mais d’autres, prescrits, qui le font sortir de sa tanière aussi certes, mais me permettent, l’esprit différent, de l’affronter, de tenter de l’amadouer, le dresser, peu importe le terme mais toujours dans le but de tenter de vivre avec. Fusion, ennemi, membre de la famille (!!!)…
Ainsi, c’est la guerre des monstres car j’en deviens un ou une “poule-bourrée” pleureuse, hurleuse quand je cède à ses propositions malhonnêtes, malintentionnées et vicieuses.
Mais là, en l’état actuel des choses, je parviens par moments à éviter l’affrontement ou le faire par écrit par exemple et je reprends peu à peu des forces. Ceci dit le combat est rude, long, jusqu’à mon dernier jour en fait mais possiblement moins douloureux au fil du temps si je m’accroche, en ai envie !
Du coup j’ai coupé un peu ma frange car je compte trouver d’autres stratégies. Et puis je ne peux raisonnablement pas avoir des trous plein de vide où que ce soit ou attendre de de ne plus rien voir à cause d’une frange torrentielle. Comment combler tout ce mix, j’ai des idées, mais pas toujours d’envies. De plus je ne peux utiliser “ses” stratagèmes indéfiniment.
Et puis je veux faire ce que je veux avec mes cheveux comme le scande cette conne de pub.
Il me faudrait des supers pouvoirs* pour changer d’émotion à volonté, voire de “dépendance”, pourquoi pas ?! N’en n’avons pas tous plus ou moins une qui traîne en activité ou en sommeil ??
Alex morte deviendrait “super-je-gère-mes-émotions-comme-je-veux !”
(petite parenthèse littéraire*).
Un samedi à l’hôpital d’Allauch où je me suis réfugiée pour être un peu à l’abri, on a évoqué la clochette à l’intérieur de chacun (pas copine du tout avec l’autre Truc) qui tente de nous prévenir, fait réagir et fonctionne évidement contre Attila : “Attention il est là, très en forme ! Trop tard ! Ou, tu as bien géré, ouvert la boîte de ta force”
S. est passé, énervant et touchant comme d’habitude. Mais quand le breuvage poison n’est plus là, que reste-t-il ? Une relation à construire qui ne se construira peut-être pas ?! La grande séparation a commencé.
Difficile, souvent artificielle mais surtout compliquée une relation alcoolisée.
Autre parenthèse sur cette fois-ci les phrases assassines de certain-e-s, ou d’une infirmière très maladroite, indélicate, qui m’a dit sur un ton autoritaire et infantilisant “votre fils est mort et bien mort Mme L. Personne ne le pleurera à votre place” Ah bon ? Il est vrai qu’il faut me le rappeler de manière très directe que j’ai perdu l’amour de ma vie au cas où je l’oublierais !!!!
Alors ma frange pousse d’un coup par moments pour me protéger des trucs vilains des autres.
Comme je l’ai déjà entendu dire ici et ailleurs :
JE SUIS LE CHEF DE MA PETITE ENTREPRISE !!!
Sur ce, bien à vous !

[striknin]

* roman Andrew Kaufman, « Tous mes amis sont des super héros »

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